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HUMANITAIRE Plus d’une fois, elle a eu l’envie de tout
laisser tomber. Mais elle a tenu le coup. Aujourd’hui elle tire les
ficelles de Ciao Kids, une association agissant en faveur des
enfants handicapés de l’État du Karnataka, au sud de l’Inde. «Elle»,
c’est Edith Stecher. Une femme au regard vif, à l’esprit insatiable.
Depuis 1997, la Lausannoise d’origine grisonne vit en Inde. Avec ses
propres forces, elle y a monté l’Olivia Home, un foyer pour enfants
handicapés qui accueille 21 mômes. Pourquoi ce bouleversement, alors
qu’Edith Stecher coulait une vie heureuse dans sa cité d’adoption ?
«Difficile à dire, réfléchit la quinquagénaire. C’est un besoin, il
fallait que je m’engage.» Sa vie a basculé un jour de juillet en
1996, alors qu’elle regardait une émission sur Edmond Kaiser
(n.d.l.r.: le fondateur de Terre des hommes).
«Il cherchait une aide
féminine pour l’un de ses orphelinats en Inde. Je me suis dit que
c’était quelque chose pour moi. Du jour au lendemain, j’ai quitté
mon travail chez Nokia. J’étais prête», raconte-t-elle. Ce premier
projet ne donnera rien, mais la Lausannoise est déjà lancée. Elle
part malgré tout, laissant derrière elle famille et amis.
Rejeté de tous
Après cinq mois et demi
de bénévolat à Bangalore, elle enchaîne d’orphelinat en orphelinat.
«Je voulais cerner quel était le besoin sur place», se remémore
Edith Stecher. Bien vite, l’aventurière se rend compte que les
enfants handicapés sont les laissés pour-compte d’un système de
soins débordés. Car comme en Europe, le handicap en Inde fait peur.
«Dans l’une de mes visites dans un orphelinat de Mangalore, raconte
l’humanitaire, j’ai rencontré Derrick, un enfant atteint d’un
handicap sévère. Je lui ai promis que je reviendrai le chercher ».
Chose dite, chose faite: deux ans plus tard, le 13 novembre 2000,
l’Olivia Home voit le jour dans les environs de Bangalore.
Derrick en est le
premier pensionnaire. Edith Stecher: «Les enfants que nous
accueillons n’ont plus aucune chance d’être réhabilités. Souvent,
ils ont passé par plusieurs institutions, et plus personne n’en
veut.» Abandonnés à la naissance ou dès l’apparition du handicap,
ils sont amenés à l’Olivia Home par la Protection de la jeunesse,
les orphelinats, les hôpitaux ou encore la police. Edith Stecher et
son équipe leur redonnent le droit à la vie. Aujourd’hui,
l’association tourne à l’aide de dons assurés en grande partie par
des parrains suisses. Et après trois ans de discussions, l’Olivia
Home a enfin obtenu de feu vert de l’Etat du Karnataka. En
parallèle, Ciao Kids gère des écoles enfantines et un pensionnat
permettant aux enfants de familles pauvres de suivre un enseignement
gratuit.
L’association compte une
vingtaine de collaborateurs, bénévoles et non bénévoles. Son budget
annuel se monte à 35 000 francs. Devenue Indienne de cœur, Edith
Stecher chérit aujourd’hui un rêve qu’elle révèle sans détour: «Que
mes enfants se sentent chez eux à l’Olivia Home et qu’un jour les
plus sains d’entre eux reprennent le foyer.
Laetitia Kirianoff
Journal 24heures |