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NOUVELLES : JUIN
2006
Génie en herbe
Il n'y a pas de bon mots pour définir ou
décrire cette enfant. Du jamais vu, certainement. Elle est entré en 7ème
directement du Kannada en Anglais, sans en connaître et comprendre un
mot. Du jamais vu disent les maîtres et directeurs de l'établissement.
Tous les livres sont en Anglais et un seul sujet en Kannada. Elle s'est
mise à la recherche d'une maîtresse qui accepte de l'aider dans ses
devoirs et de lui apprendre l'anglais. Elle a fini par en trouver une,
mais très vite elle ne la trouvait pas à la 'hauteur', car cette femme
venait toujours en retard au cours, ou la faisait travailler, alors
Sugandha n'a pas attendu de rechercher une autre personne. Après 2 mois
déjà, cette Sugandha était au niveau et pouvait suivre pratiquement tous
les sujets sans aide. En parallèle, elle s'est inscrite aussi pour
suivre des cours supplémentaires de Hindi, la langue nationale Indienne
qu'elle veut apprendre parfaitement, langue très utile pour pouvoir
étudier à l'université.
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Deuxième partie
Sugantha
entre à l'école enfantine
J'aimais
regarder Sugantha aider sa maman. A 4 ans, elle agissait déjà comme une
petite femme. Shanti n'était pas toujours tendre avec elle, je dirais
même injuste; elle montrait plus de tendresse envers son fils. Parfois
j'intervenais, mais Sugantha aimait tellement sa maman, qu'elle
n'acceptait pas les remarques, surtout celles de son père à l'égard de
sa maman et pour couper court, elle s'enfuiait et il fallait la
chercher.
Quand
Naveen était plus petit et qu'il voulait quelque chose que Sugantha
possédait ou recevait, il se mettait à crier et sa sœur le lui
donnait sans rechigner. J'observais ces deux enfants pendant des heures.
C'était incroyable comme cette enfant, encore si petite, réagissait aux
caprices de son petit frère, sans se fâcher.
Dès
l'ouverture de l'école enfantine en 99, nous y avons inscrit Sugantha
ainsi que ses amies. L’école était ouverte de 09h à midi. Parfois, quand
il y avait du courant (oui, dans les villages, l'électricité est à temps
partiel, une semaine le matin et une semaine l'après midi!...), je me
trouvais dans ma chambre à écrire sur mon ordinateur; je profitais de
faire ma correspondance ou de travailler sur le projet.
Shanti
partait le matin vers 9h aux champs et devait en principe rentrer pour
faire à manger à midi. Parfois, elle oubliait ou rentrait plus tard dans
l'après-midi seulement. La chambre où elle gardait la nourriture était
fermée à clef et je ne pouvais pas donner à manger aux enfants. Si
Mathesan était au chantier, il rentrait à 13h et c'était lui qui nous
faisait à manger. Mais s'il partait en ville pour le compte de
l’association, nous n'avions rien à nous mettre sous la dent. Je n'avais
jamais fait du scoutisme et ne savais pas comment allumer un feu de bois
qui dure plus longtemps que 5 minutes !… je savais encore moins
manipuler le réchaud au kérosène. Il faut dire que le village était
désert pendant la journée, pas un chat (que des chiens), personne à qui
j’aurais pu demander de nous faire à manger! Ailleurs, je suis plutôt
bonne cuisinière, mais chose curieuse, là-bas je ne savais même pas
chauffer de l'eau. Nous n'étions pas seuls dans cette galère, tous les
enfants qui sortaient de l'école devaient attendre que les parents
rentrent pour pouvoir manger. Quelle organisation me direz-vous, je le
pensais moi aussi, jusqu'à ce que je comprenne le fonctionnement et le
raisonnement des paysans. La plupart des huttes n'ont pas de porte
d'entrée et ceux qui l'ont, la ferment avec un cadenas. Il n'est pas
question de donner la clef aux enfants. Puis, s'ils laissent de la
nourriture à l'intérieur ou à l'extérieur de la maison, les chiens, les
chats, les fourmis ou même les voisins auraient vite fait de manger le
précieux repas avant que les enfants rentrent.
Je
voyais souvent Sugantha mal à l'aise, elle ne savait pas comment
s'exprimer, nous ne nous comprenions pas. J'avais beau avoir toujours un
petit dictionnaire à la main, ma prononciation la faisait rire. Ah !
quel bonheur ces rires aux éclats...
Mais
voilà, il fallait trouver une solution pour notre ventre vide. J'avais
débloqué un micro-crédit pour ouvrir notre propre petit magasin. Notre
voisine, mère d'un petit garçon, abandonnée par son mari, avait une
petite pièce donnant sur la rue, que nous avons transformée en magasin
d'alimentation. Il y avait tous les produits de première nécessité, mais
il y avait surtout des biscuits et des petits pains au lait. Notre
magasin avait vite donné des idées à d'autres voisins. D'un jour à
l'autre, il y avait un petit restaurant juste à côté du magasin. Je leur
amenais un thermos qu'ils remplissaient de thé ou de café. Depuis cette
fin décembre 99, nous étions sauvés. Une nouvelle vie commençait à se
développer au village. Des passants s'arrêtaient pour prendre le thé et
pour discuter avec moi. Les enfants, pendant la récréation venaient
boire le thé et manger des biscuits. Ils étaient joyeux et sans soucis.
Sugandha, une enfant à part, avait attrapé le virus des études. Elle
rentrait, s’installait dans un coin par terre et avec une craie blanche
écrivait sur le sol ce qu'elle venait d'apprendre en classe. On ne
devait jamais lui dire de faire ses leçons, au contraire, pour lui
changer les idées, il fallait lui acheter des jeux de plein air pour la
détourner de ses leçons.
Après
deux ans d'école enfantine, la voilà prête à entre en primaire. Mathesan
est un papa poule fier de ses enfants. Il a amené sa fille Sugantha à
vélomoteur à l'école, le 1er juin 2002. Il a été obligé
d'enregistrer l'enfant l'enfant qui avait juste 6 ans sous une fausse
date de naissance. Je n'avais jamais vu une enfant aussi heureuse et
déterminée dans tout ce qu'elle faisait. Après quelques mois déjà, elle
était première en classe. Un jour, elle est rentrée en pleurs. La
maîtresse lui avait pris le joli crayon que je lui avais offert pour ses
bonnes notes.
Un autre
jour, elle pleurait parce qu'elle avait lâché sur ses pieds l'assiette
en métal, remplie de riz trop chaud. Elle s'était fait gronder et
n'avait pas reçu de deuxième assiette. Depuis ce jour, Shanti lui
préparait le repas à l'emporter.
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LE
DESTIN DE SUGANTHA
Première
partie
La
famille
La
famille de Sugandha est originaire de Mettur dans le Tamil Nâdu. Les
parents de Mathesan ont émigré à Jageri dans les années 80.
La caste
de la famille interdit le mariage avant l'âge de 25 ans pour les garçons
et de 18 pour les filles. Ils ne pratiquent pas non plus le système de
la dote. Mathesan voulait travailler et gagner suffisamment d'argent
pour construire sa propre maison. En 1991, lors de l'invasion des
Kannadigans, il a tout perdu et s'est retrouvé sans emploi et endetté
jusqu'au cou. C'est en 1993 que les parents ont décidé de les
marier. Malgré un mariage arrangé, ils se sont mariés par amour. Après
leur mariage, ils s'installent chez les parents de Mathesan avec Mailswamy,
son frère cadet et sa femme Angammal. Les deux couples s'entendaient
bien jusqu'à ce que Shanti, un peu capricieuse, sème la zizanie dans la
maison. Les deux ménages ont dû se séparer. Mathesan a déménagé chez ses
beaux-parents, ce qui n’était pas facile non plus.
A cette
époque, il n'y avait pas encore l'électricité et l'eau potable était
accessible par une seule pompe manuelle au centre du village. Certaines
familles marchaient jusqu'à 45 minutes pour aller chercher de l'eau.
Dans les années 90, une ONG indienne s'était installée dans les villages
pour développer le petit crédit. Ça permettait aux agriculteurs
d'obtenir un prêt pour démarrer un domaine agricole. Mathesan et cinq
autres membres avaient été employés pour coordonner les différents
programmes. Pendant deux ans tout allait bien; ils ont apporté des
changements concrets, installé la lumière, démarré l’école du soir pour
adultes, ouvert des centres pour le développement agricole, etc. Mais
comme les débiteurs ne remboursaient plus les prêts, l’ONG s’est
retirée, sans pouvoir payer les salaires. Ainsi, Mathesan n'avait pas
été payé pendant deux ans et une fois encore, s'était retrouvé sans
travail et sans argent.
Lorsque
Sugantha est née, ils se trouvaient déjà très à l'étroit chez les
parents de Shanti. Pas de toilettes et la cuisine à l'extérieur de la
hutte. Quand Naveen est arrivé, ils étaient carrément trop serrés, si
bien que Mathesan et Sugantha durent se séparer de la famille et aller
dormir dans le bureau que l’ONG avait laissé vide. Pendant la saison
chaude, la famille pouvait dormir ensemble devant la maison. On dit bien
que la pauvreté est plus douce au soleil ! Cette situation a duré
jusqu'à ce que Mathesan puisse louer une hutte au village.
Le temps
pressait, Shanti était enceinte du troisième enfant. Elle travaillait
sans relâche. Mathesan avait emprunté de l'argent ici et là pour
construire sa propre maison. La première fois que je suis arrivée dans
ce village, c'est de cette image dont je me souviens : une famille
en train de construire leur maison, sans architecte, sans plans, juste
avec leurs mains. Il y avait des enfants et des personnes âgées. Avec
mon esprit carré, tout neuf ou dépassé, (qui sait?), je faisais des
remarques sur le travail des enfants, je grondais Shanti qui portait de
lourdes charges, allant jusqu'à 30 kg. Combien de fois j’ai entendu dire
«what to do»?...
Comme
d'un coup de baguette magique j'entrais dans l'Inde du moyen âge. J'ai
dû dormir pendant trois semaines dans la maison communale. Le bureau
voisin, ancien refuge de Mathesan, était déjà squatté par un nouveau
membre, un étudiant du village. Par la suite, c'est aussi dans ce bureau
que nous avons signé les contrats d'achat des terrains pour la
construction de l'Olivia. C’est aussi dans ce même bureau que nous avons
dû loger un visiteur européen.
Je suis
revenue quelques mois plus tard et j'ai retrouvé le village en pleine
effervescence. Le peuple préparait la fête Deepavalli, une fête
magnifique que tous les indiens fêtent avec ferveur et bruit !!!
Shanti
devait accoucher bientôt. J'étais impatiente de voir le nouveau-né.
Terrible ! Le bébé mourut quelques semaines après sa naissance.
Shanti était dépressive, elle avait du mal à s'en remettre. Mathesan
m'avait offert de vivre chez eux. Ils avaient mis leur chambre à ma
disposition, ce qui nous permettait de discuter et d'organiser le projet
de l'Olivia ensemble. Comme je ne parlais pas le tamoul, Mathesan
m'était indispensable. J’étais surtout contente d'avoir été proche de
Shanti dans sa douleur.
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L'exclusion le 19 juin
2002
Elève
brillante, obéissante, toujours à l'heure, jamais absente. Non personne, même dans un cauchemar, n'aurait pu s'imaginer une telle
injustice!...
Pourquoi ?
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SUGANTHA née le 02.02.95
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Mathesan est l’assistant social responsable des affaires sociales et de
la défense des Droits de l’homme pour l’association Jeevan Jyothi Trust
en Inde.
Depuis une année, deux familles de T.G. Doddi (Jageri) étaient en crise. Les
pères alcooliques battaient régulièrement leurs femmes
et menaçaient de les tuer, sous les yeux de leurs enfants. Une des deux famille
a 7
enfants dont 2 sont encore petits et 2 garçons vont à l’école du
village. L’autre famille a 2 filles. Les enfants étaient parrainés par
l’association Ciao Kids qui était donc co-responsable de leur éducation. L’année
2001 a été particulièrement pénible pour les enfants, Sudha (10 ans)
était
tombée malade et n’avait pas été promue. L’association avait très vite réagi et
avait décidé, en accord avec les mères, de transférer les 4 enfants dans un
pensionnat loin du village. Le 31 mai 2002, la direction de
l’association avait visité un pensionnat à Jakkalli, et la sœur supérieure avait
accepté de prendre les 4 enfants demandant d’amener en même temps les
certificats de transferts.
Après
avoir obtenu l’accord des sœurs, l’assistante sociale de Jeevan Jyothi
Trust ainsi que les mères des 4 enfants étaient allées expliquer ce
problème au directeur de l’école en lui demandant les 4 certificats de
transfert. Il avait refusé net et les avait jetées dehors. Il avait
seulement dit que sous aucun prétexte, nous n’aviions le droit de retirer un enfant de
son école.
Ensuite il avait
téléphoné à la sœur supérieure du pensionnat de Jakkalli, lui disant
qu’elles n’avaient pas le droit d’accepter des enfants venant de SON
école et qu’il n’allait pas signer les certificats de sortie !
Mathesan avait décidé d’aller personnellement discuter avec le directeur,
même scénario. Par contre, ce à quoi Mathesan ne s’attendait pas une seconde,
c’était que le directeur lui demande de retirer sa fille Sugandha de
l’école sur le champ, qu’elle n’avait désormais plus rien à faire dans
son école.
En tant
que
directrice de l’association, j'avais téléphoné à l’Evêque de
Mysore pour lui demander de faire entendre raison à son prêtre et qu'il
consente à donner les 4 certificats et à réintégrer Sugandha à
l’école. Le problème social ne devait pas se transformer en
vengeance personnelle contre notre employé qui n’avait fait que son travail
!
Le
lendemain Mathesan s’est rendu à l’école, accompagné d’une centaine de
villageois, pour demander d’abord à Sœur Rosalia, responsable de l’école
primaire, ce que Sugandha avait fait de mal pour être renvoyée de
l’école. Pas de réponse!
Cette même année 2002, 24 familles
avaient demandé les certificats de transfert pour
enregistrer leurs enfants dans des écoles moins chères ou des pensionnats
gratuits. La direction de l’école leur avaient refusé ces certificats. Plus de la moitié de ces élèves n'avaient
pu entrer dans une autre
école à cause de ce document!
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Changement radical...
Chercher
une place dans une école primaire, juste avant la rentrée scolaire,
n'était pas facile. Mathesan pleurait à l'idée de ne plus voir ses
enfants tous les jours. Naveen était déjà au pensionnat et ne rentrait
que le week-end.
La
famille a dû déménager dans un petit appartement en ville de Kollegal.
Dès lors, Mathesan devait faire les trajets tous les jours, parfois jusqu'à
quatre fois par jour. Le trajet en bus entre Kollegal et Jageri est de
45 min.
Sugantha
n'avait pas mis longtemps pour s'adapter à son nouvel environnement et après
deux semaines déjà, elle était au 2ème rang de la classe.
Depuis
le début de cette histoire, nous nous demandons pourquoi le destin
s’acharne sur cette enfant ? mais nous devrions préciser hélas, sur toute une
population...!
Au mois
de mai 2003, la famille était revenue au village. Les enfants étaient
heureux de se retrouver tous ensemble et Sugantha pensait pouvoir
retourner à l’école du village, dès la rentrée scolaire. Tous, nous
pensions qu'il y aurait un nouveau directeur et finie l’oppression. Toute
la région avait vécu quelques mois de tension à savoir, si oui ou non, le
directeur de l’école de Jageri serait transféré ou pas.
Et bien
NON! Son transfert avait été remis à l’année suivante. La diocèse ne
savait pas où le placer, aucun village du district n’en voulait.
Mathesan
était forcé, une fois encore, de re-déménager à Kollegal avec toute la
famille, pour que Sugantha puisse étudier dans de bonnes conditions.
Ce
seulement en juin 2004 que Sugantha a enfin pu revenir à Jageri. Son
père, fier, l’a ramenée à l’école pour l’enregistrer. HORREUR ! Un cauchemar.
Voilà que Sr. Bernard nouvelle responsable de l'école, s'était donné le droit de refuser l’enregistrement de
Sugandha,
sous prétexte de son passé. Je me suis rendue personnellement à l’école et j’ai fait
un tel scandale que les murs vibraient!... Pas elle!
Elle
avait demandé à Mathesan de signer un papier indiquant que tous les
problèmes que Sugandha avait subis étaient de sa faute et non de celle
de l’école.
Enfin,
après quelques heures de palabres, nous avons enfin réussi à
mettre de l’ordre dans ce désordre. A la fin
de l’année scolaire, le certificat de Sugandha présentait des «A» dans
toutes les matières. Dans de tels cas, l'école décerne une mention!!!
Coup dur pour n’importe quel enfant, pas pour Sugantha.
Elle a juste dit qu’elle était sûre d’elle et qu’elle n’avait pas besoin
de mentions.
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