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RAPPORTS DE STAGES
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« Quand on ne fait que contempler l’idéal, il semble séduisant,
mais la réalité se révèle bien différente. »
Par Sylvie
Par où commencer… tant de choses à dire et cependant, la perplexité
demeure dans mes pensées. L’expérience que j’ai vécue en Inde m’a mise
face à une réalité qui m’a profondément touchée et placée dans une
certaine confusion. J’ai reçu beaucoup d’informations de la part de mon
amie Edith Stecher, qui œuvre là-bas depuis 1998, avec une volonté, un
courage et une détermination que je qualifie de remarquable. Beaucoup
d’informations, diverses situations, des rencontres, des échanges…
Il me semble également important de rappeler brièvement quelques unes
des motivations qui m’ont conduite à vivre ce stage en Inde. L’une était
de travailler au contact de personnes d’autres cultures et tenter de
comprendre leur vision, dans leur réalité quotidienne. De confronter mes
valeurs éducatives, sociales à ce contact. Il y avait aussi une volonté
de rencontrer Edith au cœur de sa réalisation, afin de tirer de cette
expérience des faits concrets qui me permettraient d’affiner mon
questionnement sur l’aide humanitaire et ma profession.
Le foyer L’Olivia se situe à T.G. Doddi, petit village faisant partie du
district de Jageri composé de 8 villages. C’est une belle région au pied
de petites montagnes, au cœur de la nature et loin de toute nuisance
citadine. C’est en quelque sorte un monde à part à l’abri du monde
extérieur. La réalité de ce peuple rural vous plonge dans une projection
d’un lointain passé. Pas de voitures, pas de machines agricoles, tout le
travail s’exécute à la main ou avec des bœufs. La ville commerçante la
plus proche est localisée à 20km, (40min en bus).
L’Olivia accueille 20 enfants
(2003). Parmi ces enfants, 10 sont lourdement
handicapés. L’institution n’est pas équipée de matériel médical
spécialisé. De par son emplacement reculé, il est très difficile de
trouver des infirmières ou du personnel qualifié pour donner des soins
thérapeutiques indispensables à ces enfants. Aucun médecin ou
physiothérapeute n’accepte de se déplacer à Jageri en raison des
mauvaises routes qui mènent au foyer.
Lorsque je suis arrivée, j’ai eu droit à un accueil simple, chaleureux,
souriant et discret. Première rencontre avec les enfants et les jeunes
femmes travaillant dans la structure. Première réaction difficile en
voyant par exemple, Mark, couché dans son petit lit, atteint
d’hydrocéphalie, avec un bec de lièvre, le palais ouvert et aveugle car
il n’a pas d’yeux…
Me voilà plongée dans le vif du sujet ! Pas facile…
Les jeunes femmes viennent des villages de Jageri. Elles sont jeunes,
entre 15 et 25 ans. Elles profitent de l’opportunité d’avoir un emploi à
l’Olivia car la plupart d’entre-elles n’ont pas la possibilité de suivre
des études. Leur salaire pourrait servir au financement d’éventuelles
études mais le plus souvent, celui-ci subvient aux besoins de toute la
famille. C’est malheureux mais c’est ainsi… Leur emploi est aussi
parfois une issue momentanée à leur mariage arrangé par leurs familles.
Ce ne sont donc pas des professionnelles de l’enfance et leur
apprentissage se fait directement sur le terrain. Ces filles sont très
jeunes, elles n’ont pas ou peu d’expérience de vie et n’ont d’autres
références que celles de leur propre enfance et de leur système
familial. En prenant ces facteurs en considération, j’estimais qu’elles
s’en sortaient plutôt bien dans leurs fonctions. Au niveau des soins à
apporter aux enfants, elles intervenaient avec un savoir-faire
convenable, bien qu’elles n’agissent pas forcément avec beaucoup de
douceur. J’ai remarqué également qu’elles ne jouaient pas beaucoup avec
eux et lorsque je m’amusais avec les enfants, elles m’observaient de
loin avec un certain désarroi.
Quant aux enfants, au début de mon séjour, je passais plus de temps avec
le groupe légèrement handicapé, éprouvant un certain embarras avec
l’autre groupe. Nous étions facilement à l’extérieur et le rapport avec
eux s’est fait aisément. Même s’ils ne parlaient pas l’anglais, je
parvenais à entrer en communication en utilisant des chansons, en
claquant des mains ou des doigts, en jouant au ballon. Ce qui m’a le
plus frappé, c’était leur enthousiasme… il suffisait de ma simple
présence et de mon attention pour leurs procurer une joie immense. Ces
enfants me surprenaient par leur émerveillement et leur esprit
solidaire. La solidarité est-elle un état instinctif ou se
développe-t-elle selon le contexte dans lequel on se trouve ?...
Avec le deuxième groupe, j’ai eu besoin de temps pour faire face à mes
réactions qui freinaient mon approche. Comment ne pas m’arrêter sur
cette apparence physique et passer au-delà ? J’avais du mal à saisir le
sens de la vie de ces petits êtres totalement dépendants ? C’est en
échangeant avec Edith que je suis parvenue à modifier mon comportement
et que j’ai pu aller à leur rencontre. Etre capable d’être, être là…
présente, attentive, réceptive… en toute simplicité… Belle leçon
d’humilité…
Tout au long de mon séjour, j’ai suivi Edith dans ces nombreuses
démarches. En plus de l’Olivia, elle offre la possibilité à un grand
nombre d’enfants, au travers des parrainages, d’aller à l’école et de
recevoir un enseignement supérieur que celui offert par les écoles
gouvernementales dont le niveau n’est pas très élevé.
Actuellement elle est à la tête d’un nouveau projet. Un centre de
réhabilitation pour enfants handicapés avec dispensaire. En raison des
difficultés qu’elle a pour trouver du personnel médical à Jageri et vu
le refus qu’elle doit faire pour toutes nouvelles demandes à l’Olivia,
elle a élaboré, en réseau avec d’autres partenaires et donateurs un
projet de construction à Kollegal, petite ville commerçante à 20km de
Jageri. L’idée étant de transférer les enfants souffrant de troubles
graves afin de recevoir les soins appropriés à leurs handicaps.
Edith m’a beaucoup parlé, des difficultés qu’elle a rencontrées tout au
long de son parcours. Elle m’a raconté toute son histoire, et quelle
histoire… un vrai parcours de combattant, proche de la fiction, mais bel
et bien la réalité dans toute la splendeur du fonctionnement indien.
J’ai été mise face à la réalité de l’Olivia, des enfants, du manque de
matériel médical pour certains d’entre-deux, du fonctionnement de
l’équipe. J’ai constaté qu’avec des moyens très limités il était
possible de réaliser de Grandes choses. Les enfants en sont l’exemple
type… ils vivent en parfait équilibre dans un monde à part… et tant
mieux pour eux…
Mise face à l’enseignement et l’éducation où on incite l’enfant à
devenir un automate dénué de toute autonomie et responsabilité.
L’apprentissage à la « baguette » par répétition orale et écrite où
l’aspect ludique n’existe pas, où l’enfant n’est qu’un numéro parmi tant
d’autres…
Ayant perçu brièvement ce mode d’apprentissage, il m’était plus facile
de comprendre le comportement et le fonctionnement des indiens
adultes...
Mais peut-on leurs en vouloir ? Sont-ils responsables de cela ?
Mise également face aux difficultés d’ordre relationnelles. Problème de
la langue, problème d’être une femme, qui de part ce statut n’est pas
prise en considération comme le serait un homme. Difficile de trouver un
terrain d’entente, de partage et de compréhension quand les réalités de
chacune et chacun sont tellement distinctes. Comment pouvoir collaborer
avec une équipe quand les priorités sont diamétralement opposées ?
D’avoir pu suivre, écouter, interroger, observer Edith au cœur de sa
réalisation a été une chance inouïe et j’en suis très reconnaissante.
C’est une femme épatante, douée de multiples compétences ; sa
détermination, sa confiance, sa foi, son intégrité, son humour, son
amour, son savoir-faire, quelles que soient les circonstances, ont été
pour moi un magnifique exemple que je ne suis pas sûre de pouvoir
suivre… De m’être immergée dans sa réalité et de lâcher l’idée que je
m’en faisais a été salutaire. L’expérience de mes différents voyages m’a
permis de vivre certains de ces décalages avec plus de sérénité
qu’autrefois. Bien qu’ayant été bousculée, interpelée, même attristée
face à des attitudes que je considérais très enfantines, aujourd’hui, je
reconnais que c’est une réalité que je ne changerai pas. Accepter la
réalité ne signifie pas me satisfaire, la reconnaître par contre, me
permet d’agir avec bon sens… ici ou ailleurs…
Il m’a fallu du temps pour la digestion et l’intégration des nouveaux
éléments qui se sont greffés à mon expérience de vie, personnelle et
professionnelle. J’avoue ne pas encore savoir exactement vers quoi ils
me conduiront mais je conviens qu’il m’est plus facile maintenant, de
relativiser et d’accepter ce qui « est », là où je suis, et de laisser
place à l’humilité et à la confiance…
Les mots sont-ils suffisants pour traduire ce qui repose au fond de mes
entrailles après ce vécu ?
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